Quelle place pour la formation dans l’accompagnement des agriculteurs fragilisés ?
Atelier VIVEA – 26 janvier 2006
Journée interrégionale - Toulouse – Labège
Dans la continuité de l’atelier national qui s’est déroulé à Paris en 2005, les élus des comités de Midi Pyrénées, de Languedoc-Roussillon et d’Aquitaine - présidés respectivement par Marianne Dutoit, Yves Aris et Marie-France Lalanne - ont souhaité organiser avec l’appui de l’équipe technique une journée de réflexion et d’échanges afin d’approfondir le travail engagé et convaincre que la formation a une mission importante à jouer pour accompagner les mutations à venir dans la période mouvementée actuelle mais aussi de débattre avec les partenaires de VIVEA. C’est aussi l’aboutissement d’une réflexion qui a démarré lors d’un séminaire organisé entre Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées en 2003 avec Roger Le Guen.
Programme de la journée
Ouverture de Marianne Dutoit, présidente du comité VIVEA Midi-Pyrénées.
Réflexions et regards croisés sur les processus de fragilisation
Roger Le Guen, ESA Angers : En quoi le contexte actuel contribue ou accélère le processus de fragilisation ?
Yuna Chiffoleau, INRA SAD Montpellier : Fragilisation et enjeux de formation en milieu rural : cadrage théorique et illustration dans l’Hérault.
Yvon Minvielle, Club Stratégies : Fragilisation et professionnalisation : analyse comparative et mise en perspective avec d’autres secteurs d’activité.
Table ronde : visions et propositions des organisations professionnelles agricoles sur l’accompagnement des publics fragilisés avec Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA, Bernard Layre, président des JA, Jean-Louis Cazaubon, président de la chambre régionale d’agriculture Midi-Pyrénées et Régis Hochart, porte parole de la Confédération paysanne.
Témoignages autour de dispositifs d’accompagnement et de formation : études de cas, témoignages de formateurs, de responsables professionnels, échanges de pratiques et débats.
Dynamique d’actions à mettre en œuvre par Christiane Lambert, présidente de VIVEA et par Jérôme Despey, président du FAFSEA.
Synthèse de la journée, Roger Le Guen
Conclusion et perspectives par Yves Aris, président du comité VIVEA Languedoc-Roussillon.
Anticiper pour prévenir la fragilisation
Quelle place pour la formation ?
par Christiane Lambert, présidente de VIVEA
Nous vivons dans un monde fragile où les modèles et les certitudes explosent, où il faut passer du couple prévision/planification, au couple prospective/évaluation des risques.
Lors de ce second atelier VIVEA sur l’accompagnement par la formation des agriculteurs fragilisés, les experts et les témoins ont décrit la fragilisation comme un processus global, à la fois économique, matériel, culturel et symbolique. Celle-ci étant générée par des difficultés de perception et d’action, vécues dans un environnement devenu généralement plus risqué et plus complexe, mais parfois simplement imprévisible et hostile. Plus globalement, le processus est lié aux évolutions de l’agriculture. Pour un entrepreneur du vivant, il y a une multitude de facteurs de fragilisation qu’il ne faut pas minimiser. La difficulté peut concerner chacun d’entre nous.
Face à ces enjeux et à ces processus, les agriculteurs disposent de structures d’exploitation inégales, ils expriment des logiques, des aspirations très diverses, mais les relations que peuvent nouer les agriculteurs entre eux jouent un rôle très important dans la maîtrise de leurs difficultés.
On peut rêver du « grand soir », tout attendre des autres, d’en haut, d’ailleurs. Il est plus sage de retrousser nos manches, et de chercher les leviers là où ils sont. Pour reprendre le terme de Michel Blanc, « ici et maintenant » quels sont les leviers ? En quoi la formation peut faire que le monde soit vivable et viable ? Comment VIVEA peut apporter sa contribution pour un monde plus « vivéable » ? Au travers d’une journée comme celle-ci, le besoin est de rebondir, de retrouver des messages positifs.
Le maître mot pour les publics fragilisés, c’est vraiment l’ANTICIPATION. Mettre des pansements d’abord puis trouver des solutions, accompagner les individus, c’est indispensable lorsqu’ils sont fragilisés. La formation permet de le faire. Il faut aussi oser dire que les situations sont réversibles, pour reprendre le mot de Yuna Chiffoleau. C’est positif de savoir qu’il n’y a pas de situation perdue, de personnes qui sont condamnées parce qu’à un moment la vie leur joue un tour.
Si les agriculteurs ont du mal parfois à assumer une responsabilité globale c’est parce que la formation initiale, il y a 20 ans, n’accordait pas suffisamment de place à l’environnement socio-économique, aux indicateurs de durabilité… Quand on se forme « sur le tas et sur le tard », on maîtrise moins ces sujets là, on les subit. La jeune génération arrive aujourd’hui avec des outils beaucoup plus appropriés, elle a cette connaissance initiale qui donne l’assurance et la maîtrise de ces domaines.
C’est pour cela que la formation continue a un rôle important à jouer, elle doit accompagner les agriculteurs à différents moments de leur vie pour leur permettre d’affronter sereinement les changements et les difficultés pour les anticiper. Se former, c’est se renforcer personnellement, c’est pouvoir prévenir des difficultés que l’on sent plus ou moins confusément en train de croître, c’est échanger entre pairs, c’est se tourner vers l’extérieur, c’est mieux appréhender son environnement…
VIVEA a financé de très nombreux dispositifs d’accompagnement, un certain nombre l’ont été en partenariat avec le FAFSEA. Nos deux fonds vont continuer à chercher des synergies à mener un certain nombre d’actions en commun. La loi d’orientation du 6 janvier 2006 a instauré un congé individuel de formation pour les reconversions des agriculteurs qui sont en grande difficulté, elle demande aux fonds de formation continue de les accompagner. Nos deux fonds vont donner corps à ce dispositif. Comme l’a dit Jérôme Despey, VIVEA et le FAFSEA sont ancrés sur le territoire, les collaborateurs, les conseillers formation, les délégués régionaux sont à l’écoute, c’est là qu’est la richesse, c’est là que se fait la formation.
J’encourage les comités territoriaux, les organisations professionnelles, les organismes de formation et nos partenaires à poursuivre la réflexion au-delà de cette journée.
En quoi le contexte actuel contribue ou accélère le processus de fragilisation ? - Roger Le Guen, ESA Angers
Il y a toujours eu des agriculteurs fragiles, chacun a des capacités très inégales à faire face au changement. Les agriculteurs des années soixante, soixante-dix ont vécu le changement comme quelque chose de positif, ils le sentent aujourd’hui comme quelque chose d’imposé, le contexte actuel de l’agriculture intervient plus directement.
- le contexte sociologique : urbanisation, concentration, mobilité, allongement de la vie, individualisation, performance
- le contexte économique : vitesse, spécialisation, information, incertitude
- le processus de fragilisation
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Fragilisation et enjeux de formation en milieu rural : cadrage théorique et illustration dans l’Hérault - Yuna Chiffoleau, INRA SAD Montpellier
- Fragilisation de la société hypermoderne
- Le monde rural à l’épreuve de la fragilisation
- Principaux facteurs de fragilisation
- Figures de « fragiles » en milieu agricole et rural
- De nouvelles opportunités liées au développement de consommateurs-citoyens
- Quelles formations pour de nouveaux enjeux ?
- L’exemple du projet Equal/Croc Languedoc-Roussillon
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Fragilisation et professionnalisation : analyse comparative et mise en perspective avec d’autres secteurs d’activité - Yvon Minvielle, Club Stratégies
« Professionnaliser pour lutter contre toutes formes de fragilisation des processus professionnels, c’est développer une intelligence des situations et des opportunités, c’est aussi libérer le potentiel de l’expérience, c’est accepter/valoriser le métissage, la multiplicité des appartenances. »
Yvon Minvielle propose une définition-construction des idées de professionnalisation et de fragilisation en prenant appui sur des réalités socioprofessionnelles :
- la profession de maréchal-ferrant, ses nouvelles missions aujourd’hui ;
- le métier de boulanger dans les contextes urbains et ruraux ;
- l’exemple des fromagers cavistes comme recomposition d’activités.
Dans la note téléchargeable les exemples concrets ne sont pas développés. Seuls sont thématisées les notions de fragilisation et de professionnalisation ainsi que leurs liens possibles.
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Face au manque de vision d’avenir, redonner de la valeur au métier - Henri Blanchon, président du comité VIVEA de la Loire et Caroline Debroux, déléguée VIVEA sud-est
Le projet Equal/Kaléinove piloté par VIVEA s’intéresse particulièrement à identifier les modalités de formation qui permettront de favoriser la participation des publics en difficulté à la formation continue, de leur permettre de s’inscrire dans des démarches collectives et valoriser les complémentarités homme/femme pour la conduite de leurs projets.
Le projet vise aussi à concevoir des formations innovantes, spécifiques et adaptées aux agriculteurs, pour leur permettre de développer leurs compétences, de valoriser leurs savoir faire et maintenir ainsi une population d’entrepreneurs du vivant responsables et nombreux.
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Michel Blanc, consultant Trans-Formation, Jean-Luc Moreau, pruniculteur du Lot et Garonne : Intervenir auprès de publics fragiles
Michel Blanc, consultant, intervient auprès de publics fragilisé
Jean-Luc Moreau, pruniculteur du Lot et Garonne
Partant du constat que les personnes fragiles ne sont pas capables de se projeter et se situent dans « l’ici et maintenant », que le changement se passe d’abord dans la tête des gens, Michel Blanc les accompagne après avoir fait le deuil de « je suis là pour apporter des solutions ». Il va apporter une méthode - centrée sur la personne et non sur les difficultés - qui va permettre à la personne de trouver les solutions, « elle a 80% des solutions en elle mais dans le désordre ». Il s’agit de la faire passer de « ce n’est pas possible » à « j’ai capacité à changer le cours des choses », le temps de retrouver la confiance en soi et en l’avenir.
Jean-Luc Moreau dont l’exploitation avait été dévastée par une tempête en 2003, a réussi à rebondir après avoir suivi une formation mise en place par Michel Blanc.
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Lien vers un exemple de formation (Accompagner les producteurs de vin de table et de vin de pays : Au début de l’année 2002, face à la crise qui secoue les producteurs de vins de table et de vins de pays, VIVEA décide de lancer un appel à propositions afin de soutenir des actions innovantes. Parmi les 14 actions retenues celle réalisée fin 2002 par la Chambre d’agriculture de l’Hérault et mise en place par Michel Blanc. )
Roger Le Guen : Synthèse de la journée
- La fragilisation est un processus global
- La formation continue, quelle réponse ?
- Quels contenus de formation ?
- Comment se former ?
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Téléchargez les recherches actions VIVEA n°2 « accompagner les agriculteurs fragilisés »
Téléchargez les événements VIVEA n°1 « Quelle place pour la formation dans l’accompagnement des agriculteurs fragilisés »